Une vie reconstruite

Outre l’aide financière du Fonds de Garantie, c’est surtout l’aménagement sur-mesure de ma maison et de mon véhicule qui ont changé ma vie, me permettant d’être autonome et de conserver une vie sociale.”
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Frédéric Lecenne, victime d'un préjudice corporel lourd'

Témoignage d'une vie reconstruite

Heurté en pleine nuit par un chauffard qui a fui sans lui prêter secours, Frédéric Lecenne est devenu tétraplégique à 28 ans. Neuf ans après les faits, grâce à une résilience exceptionnelle et l’accompagnement du Fonds de Garantie, il a reconstruit sa vie près du Mont Saint-Michel.

C’était le 8 mars 2009. À l’orée du jour, Frédéric Lecenne rentre à pied de discothèque sur la route départementale de Poilley, dans la Manche. Il est violemment percuté par un automobiliste qui prend la fuite, le laissant pour mort plusieurs heures durant sur la chaussée. C’est sa compagne, Stéphanie, qui le découvre, gisant à 200 mètres du domicile de ses parents.
Quand il se réveille, après neuf jours de coma, le bilan est lourd : multiples fractures et surtout moelle épinière compressée. Le verdict tombe : ce jeune plombier de 28 ans, père de deux très jeunes enfants, est désormais tétraplégique. "J’ai instantanément accepté mon sort", confie Frédéric. Mais si sa résilience est immédiate, les longs mois d’hospitalisation et de rééducation qui s’annoncent suscitent chez lui une importante angoisse matérielle. "Je me suis demandé comment j’allais faire puisqu’il n’y avait pas de tiers responsable contre qui me retourner. J’étais bloqué à l’hôpital, dans l’impossibilité de travailler. D’un côté, j’avais des frais de rééducation importants, de l’autre les charges quotidiennes du foyer que je ne pouvais plus assumer", relate-t-il. Frédéric était en train de créer son entreprise de plomberie et Stéphanie travaillait comme auxiliaire de vie dans une maison de retraite. Elle contacte une association qui la met en relation avec Me Delphine Jean et le Fonds de Garantie qui prend immédiatement en charge Frédéric Lecenne en lui versant une première provision.

Un traitement sur mesure

Ce soutien financier le soulage alors que s’enchaînent un mois de réanimation à Caen, cinq mois de soins intensifs à Berck, onze mois supplémentaires au centre de rééducation de Granville puis de Kerpape, où Frédéric construit son nouveau projet de vie. La famille loue alors une maison à Poilley, totalement inadaptée aux problèmes de mobilité de Frédéric. Aménagée de façon optimale, elle lui permet toutefois d’organiser les premiers retours à domicile et de s’y mouvoir en fauteuil roulant.
Mais le quotidien reste très compliqué. La première expertise médicale se déroule en septembre 2010 en présence du médecin conseil du Fonds de Garantie et du médecin traitant de Frédéric Lecenne. Objectif : déterminer les aides matérielles et le nombre d’heures d’assistance par une tierce personne nécessaires pour l'aider dans les actes de la vie quotidienne et pour son bien-être : 18 heures à l’époque, nuit comprise. "Nous sommes intervenus rapidement et nous avons pu l’accompagner tout au long de son parcours de reconstruction", souligne Maryse Ramond, inspectrice du Fonds de Garantie en charge des victimes lourdement atteintes.
Sur le plan des dommages, outre le préjudice corporel, les conséquences professionnelles pour Frédéric et le préjudice moral pour chaque membre de la famille sont pris en compte. Sur le plan matériel, Maryse Ramond diligente un nouveau versement de provision en mai 2013 afin de permettre à la famille d’aménager sur mesure une maison spécialement adaptée au handicap de Frédéric.

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Frédéric fait partie des victimes qui donnent tout son sens à notre mission. Je ressens une profonde satisfaction d'avoir pu, lors d'échanges à la fois humains et techniques avec des professionnels et surtout avec cette victime, lui redonner confiance en la vie et un niveau d’autonomie optimal.”
Maryse Ramond, inspectrice spécialisée auprès des victimes de préjudices corporels lourds

En quête d’autonomie

Le couple trouve un terrain à Ducey, à trois kilomètres du domicile des parents de Frédéric, et décide d’y faire bâtir une maison. Sur proposition du Fonds, une expertise architecturale est menée par Paul Joly, en présence de Delphine Jean et de Maryse Ramond. L’objectif est alors de concevoir, en partenariat avec l’ergothérapeute de Frédéric, un logement spécifiquement pensé et adapté à son handicap. "C’était un vrai travail d’équipe", se souvient Maryse Ramond.
En janvier 2015, Frédéric emménage dans un lieu de vie ultra-fonctionnel : 160 m² habitables, des couloirs larges d' 1,50m lui permettant de "tourner sur place", des meubles amovibles et surélevés, des télécommandes déportées et des plans de travail mécanisés. Même aménagement pour son monospace, choisi au salon Autonomic. "Je parcours 10 000 kilomètres par an, c’est fondamental pour mon autonomie, déclare Frédéric Lecenne. Je peux aller chercher mes enfants à l’école, les amener à leurs activités, recevoir et sortir chez des amis, simplement aller chercher le pain…"
Mais incontestablement, sa maison, "c’est l’aboutissement de mon parcours et la restauration de mon autonomie". Tout a, en effet, été conçu et pensé pour que Frédéric puisse cuisiner, travailler, jouer avec ses enfants, se coucher et se laver seul. Les frais spécifiques d’aménagement et d’adaptation du logement et du véhicule ont été intégralement pris par le Fonds de Garantie, en plus des huit heures de tierce personne encore nécessaires "pour m’alléger les tâches", explique Frédéric. Séparé de sa compagne, il s’occupe de ses enfants une semaine sur deux. Des photos de Thibault et Léa, 13 et 9 ans, ornent, sourire aux lèvres, les murs du salon où un cochon d’Inde vient d’élire domicile.

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Le Fonds de Garantie est un organisme qui comprend la manière dont nous plaidons les besoins de nos clients victimes.”
Delphine Jean, avocate de Frédéric Lecenne

Depuis fin 2016, le "dossier" Frédéric Lecenne est clos au FGAO. Mais la victime, elle, peut appeler le Fonds si son état de santé s’altère et requiert une nouvelle aide. Pour Maryse Ramond, "il fait partie des victimes qui donnent tout son sens à notre mission". Aujourd’hui retraitée, elle a la satisfaction "d'avoir pu, lors d'échanges à la fois humains et techniques avec des professionnels, lui redonner confiance en la vie et un niveau d’autonomie optimal'".

Engagés dans la prévention

Stéphanie et Frédéric ont d’abord voulu savoir qui était ce chauffard irresponsable et criminel qui avait renversé le jeune père de famille. Le couple a donc commencé par créér la page Facebook "Qui a renversé Fred ?". Puis rapidement, ils ont, durant 10 ans, déployé leur énergie à des actions de prévention des délits de fuite et des dangers de la route. Leur association s’appelait "Un pour tous, tous pour Fred".

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